sud ouest 14 aout 2006

Publié le par tintin

LA JOURNEE. -- Romain Mesnil est monté sur un podium. Le premier depuis Galfione, deuxième européen en 1998

De l'argent bien placé pour le Brugeois Romain Mesnil

Le premier commentaire est forcément technique : « Il n'a pas toujours bien sauté mais il a fait un beau concours. » Tactiquement s'entend. Georges Martin, tané par des heures de stades, des beaux triomphes et pas mal de déboires, a appris à ne pas s'enflammer dans l'instant. L'observation et l'analyse s'enchaînent calmement. Entraîneur de Pierre Quinon, un temps conseiller encore de Thierry Vigneron, guide national quand il le faut, plus ou moins officiellement, il ne débordait pas au pied du podium où Romain Mesnil a fini par s'installer après tant d'années d'envolées et de gamelles soudaines. Et quand le vent s'est levé et que le crachin gâchait la fête, le Brugeais toujours fidèle à son club d'Albi, modifia son concours. « J'avais prévu de passer à "70" mais vu le ciel, il fallait se dépêcher de passer une barre au plus vite. » Ce sera 5,65 m. Et pour bien montrer qu'il n'avait peur de rien, il ne fit qu'un saut à 5,70 m, gardant les deux autres pour 5,75 m.


A Bordeaux. Romain Mesnil, qui vient d'avoir 29 ans en juin et fut promis aux premiers rôles depuis ce titre de champion d'Europe espoir en 1999, sur ce même stade, avec 5,93 m s'arrêtera là.
« De l'or au coffre » dit-on en attendant qu'il supplante Galfione et consorts alors sur le toit du monde. Car Mesnil sort du parcours traditionnel. Albigeois depuis bébé, il se nourrit de sport. Le père, médecin, a été champion universitaire d'aviron et la mère gymnaste. Lui s'est essayé au tennis et à l'escrime. Entre gym et études jusqu'à un diplôme d'ingénieur à l'INSA de Toulouse, il découvre l'athlétisme par un kiné. L'aventure commence en 92. Il a 15 ans et trois ans plus tard, première barre à 5 m. Puis l'escalade se poursuit: 5,93 m en 99. En 2001, il est 3e du Mondial en salle et l'année suivante change toute l'organisation de sa vie. Il quitte Bernard Astoul pour trouver d'autres mots près de Georges Martin, s'installe dans un studio près de Stéhelin, piétine sur la piste avant de rebondir en 2003. « Prodigieux. Il commençait tous ses concours à 5,70 m. Une barre et hop raconte encore Martin. Avant les Mondiaux de Paris, il fait 5,95 m à Castres et on vient en qualif au stade de France pour faire un saut et vite aller boire l'apéro. Il en fera trois, tous ratés. Ca s'est terminé à la cantine pour une soupe à la grimace. » Martin et Mesnil n'ont pas oublié.
Le perchiste s'installe alors définitivement à Bordeaux puis à Bruges avec sa femme, elle aussi ancienne perchiste. Il trouve un emploi à sa mesure à Mérignac chez Unilog, soigne une vilaine blessure à la cheville qu'il traîne depuis l'adolescencee et qu'il faut opérer à l'automne 2004 après des JO ratés et des Mondiaux (2006) qui le seront tout autant. « Il y avait toujours quelques sauts pour sauver les apparences mais j'avais beaucoup perdu et je percevais la compassion dans les regards. » « Il est physiquement aussi fort qu'en 2003 », assure maintenant Martin. « J'ai envie de faire une vraie perf », ose tout sourire le médaillé d'argent, ravi de remettre la perche française sur la « boîte » (NDLR, le podium) qui en était privée depuis 1998. Toujours aussi élégant dans le geste que dans le mot, Romain Mesnil se gardera bien de commenter le repêchage lors des qualifications de l'Israélien Averbukh champion d'Europe (2002) et de Gibilisco le champion du monde.
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Publié dans Les médias

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