Romain, vous êtes le premier athlète à vraiment avoir pris position concernant la tenue des Jeux Olympiques en Chine. Pouvez-vous nous expliquer quel est le cheminement qui vous a conduit
à proposer de porter un ruban vert durant l’évènement ?
Je n’avais pas vu alors d’images de ce qui se passait au Tibet car j’étais tout à autre chose. Et puis, le jour de la naissance de Titouan (Ndlr : son deuxième enfant), j’ai reçu un appel de la
radio RTL qui m’a demandé mon avis sur le sujet. J’étais en train de marcher vers l’école pour aller chercher Soan (Ndlr : son premier enfant), j’avais un peu de temps et je leur ai dit OK. Je
savais ce qui se passait là-bas mais je n’avais pas vraiment réfléchi à la question. J’ai essayé de donner mon avis. Il est sorti de mes tripes en quelque sorte. Et puis, petit à petit, tout ça a
cheminé dans mon esprit et j’ai commencé à y penser un peu plus. J’ai voulu monter au créneau rapidement afin de montrer la prise de position d’un sportif parce que mon avis est tranché et que je
pouvais me permettre d’argumenter.
L’information a été relayée dans tous les médias, nationaux et étrangers. Avez-vous eu des retours de sportifs ?
Je n’ai pas eu de retour de l’étranger, mais j’ai eu des retours d’athlètes français. J’essaie de faire un peu le tour des sportifs afin de savoir si ça les intéresse et s’ils veulent bien
soutenir une initiative de ce type. Les athlètes que j’ai eus sont d’accord avec moi, par contre, aucun ne veut prendre le risque d’être disqualifié des Jeux Olympiques. Il existe une charte
olympique qu’il faut respecter mais je voudrais faire avancer ce projet-là.
Il a été demandé aux sportifs de prendre une position tranchée sur le sujet et le boycott a souvent été évoqué. Pensez-vous qu’il soit normal que l’on demande à un athlète de renoncer à quatre
ans d’efforts pour dénoncer l’attribution des Jeux à la Chine ?
Non, je ne pense pas. L’athlète ne peut pas être pris en otage d’une décision qui n’est pas la sienne. C’est pour cela que le boycott pur, on n’en parle plus trop. Toutes les prises de position
que j’ai entendues jusqu’à maintenant sont quasiment toutes contre. Tout le monde se rend compte qu’il est mieux d’aller à Pékin et de montrer, par un signe fort, son attachement aux droits de
l’homme.
Vous sentez-vous néanmoins, en tant qu’athlète, investi d’une mission en vous rendant là-bas ?
Notre principale mission aux Jeux Olympiques est de pratiquer notre sport et d’essayer de gagner. Reste que les sportifs ont une conscience. On ne peut donc pas se rendre là-bas en faisant comme
si de rien n’était. C’est pour cela que je propose cette initiative sachant que, si on peut faire quelque chose en Chine, il faut le faire. Quoi qu’il en soit, une fois là-bas, je ne parlerai pas
du tout des droits de l’homme. J’aimerai porter un signe comme ce ruban vert mais je serai complètement concentré sur ce que j’ai à faire en faisant abstraction du reste. Il est possible que me
rendre à Pékin sans faire de signe me gênerait dans ma quête de performance.
Les athlètes n’ont aucune responsabilité sur le choix du pays hôte. En leur demandant de prendre une position ferme, on a l’impression que la responsabilité de ce choix leur incombe. Ne
trouvez-vous pas cela disproportionné ?
Il est vrai que c’est un peu disproportionné. Mais il ne faut pas seulement prendre les sportifs pour des pions. Nous sommes les acteurs de ces
Jeux et on ne peut pas être mis à l’écart.
Acteur malgré vous…
Oui. Il est vrai que ça aurait été mieux que la question n‘ait pas à se poser.
Peut-on penser que le CIO remette un jour en cause sa méthode d’attribution des Jeux Olympiques avec ce genre d’initiative ?
Il y a plusieurs personnes qui réfléchissent à une
modification de la charte dans ce sens-là. Ça peut être un facteur. Quand on relit les principes fondamentaux de la charte olympique, elle n’est pas éloignée des droits de l’homme dans l’esprit
général.
Allez-vous continuer dans cette voie ?
Au départ je me suis dit que je proposais une initiative afin de faire bouger les choses et que c’était déjà ça. Après réflexion, je me
dis que c’est un projet qui peut avancer et j’ai envie de le mettre sur les rails. Par contre, à un moment donné, je dirai stop et je me concentrerai sur ce que j’ai à faire. Pour l’instant, les
échéances sont assez lointaines, je m’entraîne une seule fois par jour ce qui me laisse un peu de temps. Je me suis aperçu, tout au long de ma carrière, que je ne parvenais pas faire une seule
chose à la fois. J’ai toujours besoin d’en faire plusieurs. C’est toujours délicat, mais c’est comme cela que j’avance. Ça m’occupe l’esprit en dehors de l’entraînement, ce qui me permet de ne
pas penser à la perche. C’est très important.
Avez-vous déjà réfléchi à la forme que cela va prendre ?
Il faudrait partir de l’idée et faire en sorte qu’il y ait une structure qui puisse s’occuper de cela mais, pour le moment,
l’idée est de coordonner les sportifs qui souhaitent faire partie d’un projet éventuel et essayer de le faire avancer. On nous demande notre avis mais les grandes instances nous mettent un peu à
l’écart. Je pense que l’on est des acteurs sur le terrain et on doit l’être également dans nos positions. Une action à la fois des politiques, des médias et des sportifs est indispensable.
Pour finir, un petit mot sur l’entraînement ?
Il fait un temps exécrable en ce moment, il pleut et il fait froid. Je suis donc en semi-repos. Je m’entraîne mais c’est moins intensif.